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Les « Moix Brothers » : qui aura le dernier mot ?

La rentrée littéraire a été marquée par la polémique autour d’Orléans, le nouveau roman de Yann Moix, dans lequel l’écrivain raconte par le menu les sévices qu’il aurait subis de la part de ses parents durant son enfance.

On se souvient qu’après la sortie de cet ouvrage, son père s’est exprimé publiquement pour nier les faits de violence qui lui sont attribués et que son frère, Alexandre Moix, dans une lettre ouverte publiée par la presse, assurait que c’était en réalité Yann Moix le bourreau.

L’Express avait par la suite révélé des caricatures antisémites réalisées par Yann Moix et publiées dans un journal artisanal à la fin des années 90, lorsqu’il avait une vingtaine d’années, ce qui a conduit l’écrivain à faire publiquement son mea culpa.

On est cependant loin d’en avoir terminé avec cette polémique familiale et littéraire à laquelle se greffent des accusations d’antisémitisme.

Le 31 août dernier, Yann Moix était invité sur le plateau de l’émission « On est pas couché ! » de Laurent Ruquier sur France 2. Interrogé sur la fuite de ces dessins à caractère antisémite dans L’Express, il déclarait :

« Il est possible que mon frère ait fourni ces documents à des gens malintentionnés d’extrême droite (…) Je connais son mal-être, il n’a sans doute pas été aussi loin que moi dans l’abjection (…) Mais il y a une chose que je sais aussi, c’est que son désarroi fait qu’il s’est rapproché de l’extrême droite également à un moment de sa vie. J’ai arrêté de voir des gens qui sont devenus sulfureux à partir de 2013 mais je crois que mon frère, malheureusement pour lui, a continué à les fréquenter. Je n’ai pas les preuves de ce que j’avance, ce sont des suppositions, je n’ai pas envie d’avoir un procès en plus, mais il est possible que mon frère ait fourni ces documents à des gens malintentionnés d’extrême droite. C’est une possibilité que je n’exclus pas ».

C’est dans ce contexte que le 2 septembre, Alexandre Moix a adressé à Delphine Ernotte, directeur de la publication de France Télévisions, une demande de droit de réponse, demande à laquelle France Télévisions n’a pour le moment pas répondu.

Voilà désormais qu’Alexandre Moix menace d’intenter une action judiciaire à l’encontre de France Télévisions et Delphine Ernotte en cas de refus d’insertion. Ultime contrefeu médiatique ou vraie volonté de soumettre cette demande à la justice ?

Alexandre Moix aura à établir que les propos de son frère présentent une connotation diffamatoire[1], ce qui pourrait prêter à discussion.

Ceux sur la proximité supposée d’Alexandre Moix avec des personnes ayant une idéologie d’extrême droite ne nous paraissent pas diffamatoires[2]. Quant aux propos selon lesquels il est possible que ce soit Alexandre Moix qui ait fourni les dessins publiés par L’Express à des personnes « malintentionnés d’extrême droite », ils relèvent à notre avis plus de l’opinion que de la diffamation.

Il aura également à démontrer que les termes de sa réponse, dont des extraits ont déjà été largement diffusés dans la presse[3], ne vont pas au-delà ce qui est nécessaire pour répliquer aux attaques dont il a été l’objet et ne sont pas « malveillants » au sens de la jurisprudence en la matière.

Reste qu’on peut déplorer une forme de dévoiement du droit de réponse qui ne devrait pas être l’occasion de perpétuer éternellement une polémique que chacun des frères Moix contribue à alimenter par médias interposés.

Si la justice est saisie, c’est le Président du Tribunal de grande instance statuant en matière de référés qui aura à trancher ces questions : en effet, si le refus d’exercice du droit de réponse est sanctionné pénalement dans la presse écrite et en ligne, ce n’est pas le cas en matière audiovisuelle, le juge des référés ayant été érigé en juridiction chargée de trancher toutes les questions concernant l’exercice de ce droit (art.6 de la loi du 29 juillet 1982), ce qui est une solution de bon sens, la réponse n’ayant d’intérêt et de pertinence que si elle est diffusée rapidement.

*Mise à jour : 16/09/2019

Lors de l’émission du 14 septembre, Laurent Ruquier a indiqué à l’antenne faire droit à la demande de droit de réponse d’Alexandre Moix, au motif que "chacun a le droit de donner sa vérité". Le texte lu à l’antenne semble différent dans sa teneur et sa longueur de celui qu’Alexandre Moix avait initialement adressé au Directeur de la Publication de France Télévisions et dont certains extraits avaient été reproduits dans la presse . Un accord a visiblement été trouvé entre Alexandre Moix et la production de l’émission « On n’est pas couché », Laurent Ruquier ayant déclaré « qu'il fallait faire vérifier le texte par le service juridique… ». Le droit de réponse aurait « donné lieu à plusieurs allers-retours et corrections  ». Initialement, il était demandé à France Télévisions de lire le droit de réponse en début d’émission, alors que la production souhaitait le faire dans les dernières minutes ; finalement le texte a été lu en milieu d’émission à 1h25 du matin.

                                                                                                                              Aurélie BREGOU/Ludovic CENCI




[1] L’article 6 de la loi n°82-652 du 29 juillet 1982 sur la communication audiovisuelle énonce en effet que « toute personne physique ou morale dispose d'un droit de réponse dans le cas où les imputations susceptibles de porter atteinte à son honneur ou à sa réputation auraient été diffusées dans le cadre d'une activité de communication audiovisuelle. ».

[2] La 17ème chambre du Tribunal de grande instance de Paris a par exemple jugé le 10 novembre 2017 que des propos évoquant une « porosité entre la police nationale et l’extrême droite », qui dénoncent ainsi une sympathie idéologique supposée de la police nationale à l’égard de l’extrême droite, n’est pas diffamatoire.

[3] « Affirmer que je suis d’extrême droite sur France 2 à une heure de grande écoute est une atteinte grave et délibérée à ma réputation. Cela reflète à nouveau sa volonté de me nuire, quitte cette fois à éclabousser mes proches (…) Ce tour de passe-passe grossier, qui consiste à faire croire qu’il est la cible d’un complot de l’extrême droite auquel j’aurais participé, dont le but est évidemment de susciter l’indulgence de ses pairs, provoque mon indignation et mon écoeurement. ».